13/02/2013

Le premier peuplement de l'Amérique

Le premier peuplement de l'Amérique

 

Le premier peuplement de l'Amérique fait l'objet de débats au sein de la communauté scientifique. Ces débats entre archéologues et anthropologues portent sur l'origine des Paléoaméricains ainsi que sur la date, les modalités et les raisons de leur arrivée en Amérique. Les techniques biochimiques modernes ainsi que des recherches archéologiques de plus en plus minutieuses ont permis de faire avancer les connaissances sur le sujet. La compréhension actuelle des migrations vers et à travers le continent américain repose sur des avancées dans quatre disciplines complémentaires : l'archéologie, l'anthropologie physique, les analyses génétiques et la linguistique.

De nos jours des éléments permettent de dater la présence humaine aux environs de - 55 000 ans avant notre ère. Ceci dit, l'évolution des théories de peuplement n'a pas encore pris en compte ces dernières données scientifiques. Il est généralement admis aujourd'hui que l'Amérique a été peuplée depuis l'Asie par des groupes ayant migré à travers la Béringie. Toutefois les modalités de la migration, sa chronologie et le lieu d'origine en Asie des migrants demeurent discutés. Les données archéologiques indiquent que le premier peuplement conséquent de l'Amérique a eu lieu à la fin de la Dernière Glaciation, plus précisément lors du Dernier Maximum Glaciaire, entre 16 500 et 13 000 ans BP. Pendant longtemps, la culture Clovis (environ 13 000 ans BP) a été considérée comme la première culture américaine. Des témoignages de plus en plus probants d'occupations antérieures sont publiés : le site de Debra L. Friedkin a ainsi livré une industrie lithique datant de 15 500 ans BP. Certains auteurs font reculer le premier peuplement de l'Amérique à des dates beaucoup plus anciennes, mais ils s'appuient sur des données faisant l'objet de nombreuses critiques au sein de la communauté scientifique.

Modèle Clovis :

Le site archéologique de Clovis est l'un des plus connus des États-Unis. Il se trouve dans l'État du Nouveau-Mexique au sud-ouest du pays. Il s'agit d'un site archéologique au sein duquel ont été retrouvés en 1932 des outils préhistoriques vieux d'environ 11 500–13 500 ans. Les premières fouilles ont mis au jour une pointe à enlèvement flûté. À l'époque, la découverte fit grand bruit car cette flèche était inhabituelle. Grâce au squelette d'un mammouth qui se trouvait au même endroit, on a pu dater l'objet de façon relativement précise.

Dans les années qui suivirent, les archéologues ont retrouvé des milliers de ces silex en Amérique du Nord et jusqu'au Costa Rica, dans toutes sortes de milieux naturels. Ils étaient produits selon les mêmes techniques. Les scientifiques ont également montré que tous les animaux géants d'Amérique (mammouths, tatous géants ou glyptodon, paresseux géants, tigres aux dents de sabre, camélidés et équidés) avaient soudainement disparu. On en a conclu qu'un peuple venu d'ailleurs avait apporté avec lui une arme redoutable : la pointe de Clovis.

On a longtemps considéré que les porteurs de la culture Clovis étaient venus d'Asie par l'isthme de Béring exondé pendant les glaciations, et que cette culture était la plus ancienne du continent américain. Cette grande migration depuis la Sibérie, donnant naissance au premier peuplement américain, était expliquée par la théorie dite de Clovis, selon laquelle, l'Homme aurait traversé la Béringie (détroit de Béring) vers 14 000 ans. Il serait arrivé en Amérique du Nord vers 13 500 ans, date correspondant aux vestiges lithiques trouvés sur le site de Clovis aux États-Unis. Ensuite, les groupes humains migrèrent par vagues successives vers l'Amérique du Sud. De plus ces humains étaient, logiquement, les ancêtres des Amérindiens d'aujourd'hui de type mongoloïde au crâne brachycéphale. Jusque dans les années 1980, cette hypothèse était la mieux concordante avec les faits découverts et décrits auparavant.

Les controverses débutèrent à propos de la découverte du site de Lewisville, au Texas en 1957. Là furent mis au jour les squelettes de nombreux animaux, dont certaines espèces aujourd'hui disparues (mammouths, glyptodons, camélidés, équidés, cerfs, ours, etc.) et des pointes de lances du type Clovis. Mais tous ces ossements et artefacts furent datés par le carbone 14 de 38 000 ans. Cette date fut rejetée par les historiens de l'époque, d'autant plus que les pointes de lances étaient considérées comme de type Clovis. D'autres expertises de datation effectuées en 1963 confirmèrent la date avancée antérieurement. Enfin, en 1978 puis en 1980, Dennis Stanford de la Smithsonian Institution aidé de deux ingénieurs de l'Armée américaine mirent en parallèle la date de 37 000–38 000 ans et l'occupation humaine du site jusqu'à la période de 12 000 ans. Le site de Old Crow dans le Yukon proche de la Béringie, a livré des artefacts datés de 25 000 ans.

Si les ancêtres des Amérindiens (d'origine mongoloïde) arrivèrent en Amérique vers 13 500 ans, d'autres populations, d'origines peut-être plus diverses, ont pu arriver avant eux. Certains auteurs ont ainsi émis l'hypothèse selon laquelle les artefacts jusqu'ici considérés comme liés à la culture Clovis pourraient en fait être solutréens. À peine émises, ces suppositions furent instrumentalisées par les média, dans le contexte des revendications politiques et historiques des Amérindiens et des opposants à ces revendications (parmi lesquels les ultra-nationalistes blancs).

Théorie d'un peuplement solutréen :

Elle a été avancée par deux chercheurs du Smithsonian Institute, Dennis Stanford et Bruce Bradley (en). Les Solutréens vivaient à 5 000 km de l'Amérique du Nord entre 22 000 et 17 000 BP (Paléolithique supérieur). Les sites solutréens se concentrent essentiellement dans le sud-ouest de la France. Les spécialistes leur reconnaissent une grande habileté : ils inventèrent le traitement thermique pour la fabrication des outils en silex ainsi que l'aiguille à chas.

En enquêtant en Sibérie et en Alaska, Dennis Stanford trouva des outils préhistoriques très différents de ceux de Clovis (microlames montées sur des os et non des bifaces). Il démontra en observant les techniques des Inuits, que le voyage entre l'Europe et l'Amérique était possible il y a 16 000 ans. Pour traverser l'Atlantique, les Solutréens ont pu utiliser les mêmes techniques que les Inuits : en naviguant sur de petits bateaux près de la banquise (qui descendait bien plus au sud qu'aujourd'hui), ils pouvaient se protéger sous leurs canots en cas de tempête. On peut imaginer que le voyage devait être plus facile en été : les Solutréens auraient suivi les icebergs. Ils trouvaient leur nourriture en pêchant ou en chassant sur la banquise à l'aide de leur outillage perfectionné. Pour Dennis Stanford, le voyage devait être pénible mais pas impossible : on sait que des Inuits préhistoriques voyageaient couramment entre l'Alaska et le Groenland en bateau, en passant par le Haut-Arctique. Quant à Bruce Bradley, il a étudié les similitudes de technique entre les Solutréens et les hommes de Clovis : ils utilisaient de gros éclats pour fabriquer leurs pointes.

Les Amérindiens auraient donc des ancêtres européens.

Cette théorie reste cependant très controversée, du fait de la difficulté que représente la traversée de l'Atlantique au Paléolithique supérieur, des nombreuses différences entre les deux sites (comme l'absence d'art pariétal chez les Clovisiens), et aussi parce que les similitudes peuvent s'expliquer par les nécessités mécaniques de la taille du silex et la logique de l'amélioration de cette taille avec le temps, sans qu'il soit nécessaire de faire appel à des migrations (l'agriculture est bien apparue indépendamment sur plusieurs continents, et a donné des civilisations qui s'ignorèrent totalement jusqu'en 1492).

Les arguments basés sur les similitudes entre outils de pierre des sites Clovis et du Solutréen ont également été contestés. Le Solutréen est l'un des faciès du Paléolithique supérieur européen, présent dans le Sud-Ouest de la France et en Espagne. Il est notamment connu pour avoir livré des pointes foliacées bifaciales très fines, nommées « feuilles de laurier », présentant des analogies morphologiques avec les pointes retrouvées dans les sites Clovis. Les tenants d'une migration des groupes solutréens vers l'Amérique perdent toutefois de vue que plus de 5 000 ans séparent les dernières expressions du Solutréen en Europe des premières pointes Clovis et que plusieurs milliers de kilomètres d'océan séparent les deux aires géographiques considérées. La production de pointes foliacées bifaciales est connue dans de nombreux contextes géographiques (Australie, Afrique du Sud) et chronologiques (Middle Stone Age, Paléolithique moyen final) et une convergence morpho-technique est probable entre armements solutréens et Clovis.

La recherche archéologique et les directives fédérales NAGPRA :

En 1990 fut votée une loi fédérale américaine, le Native American Graves Protection and Repatriation Act (NAGPRA), en français « loi sur la protection et le rapatriement des tombes des premiers Américains ». Cette loi exige que les biens culturels amérindiens soient rendus aux premiers peuples quand ces biens ont été déterrés. Cette loi autorise néanmoins les équipes d'archéologues à analyser les découvertes mais très rapidement en raison d'un délai de temps très court. Par biens culturels, la loi indique les restes humains, les objets funéraires et sacrés, et tout objet et artefact du patrimoine amérindien.

Bien que cette loi fédérale fût rendue nécessaire pour mettre un terme aux pillages de sites historiques, les archéologues et chercheurs américains accusent, néanmoins, cette loi NAGPRA de restreindre gravement la recherche archéologique sur les origines des premiers habitants des États-Unis. En outre, il est difficile, sinon fallacieux, de relier un squelette d'il y a plusieurs dizaines de milliers d'années à un peuple actuel.

Le cas de l'homme de Kennewick est symptomatique : les tribus amérindiennes demandaient le retour dans leur terre respective de ce squelette dont l'étude a révélé une origine caucasienne ou europoïde et non mongoloïde et amérindienne. Cette loi permettrait ainsi aux populations amérindiennes de freiner l'évolution actuelle de la recherche sur les découvertes de plus en plus nombreuses de squelettes paléoaméricains de types europoïde ou australoïde, en exigeant, comme la loi NAGPRA le permet, le réenterrement rapide de tous ces ossements qui révolutionnent depuis une vingtaine d'années l'histoire des premiers peuplements de l'Amérique.

 

415px-Arrow_and_spear_heads_-_from-DC1.jpg

218px-Biface_feuille_de_laurier.jpg

Bifacial.jpg

 

11:06 Écrit par baton paroles dans général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.