15/10/2010

Les Micmacs

Les Micmacs

 

Valeurs morales :
1. La vie (visible et invisible) est partout présente, sous terre comme sous les océans. Les différentes formes de vie peuvent se transmuer les unes en les autres. Certains animaux, certains individus ne sont pas ce qu'ils paraissent être.
2. Les Anciens étaient de grands chasseurs : forts, dignes et robustes. Ils étaient justes, généreux et courageux. Leur comportement doit servir de modèle pour leurs descendants.
3. Les Amérindiens ont des pouvoirs qui les distinguent des étrangers. Ils peuvent invoquer des êtres surnaturels qui leur dispensent présages et bienfaits. Certains possèdent même le don de keskamizit, ou providence des Amérindiens, qui permet d'accomplir, de découvrir ou de fabriquer des objets très vite et avec pleine assurance de réussite.
4. Les êtres humains sont tous égaux, ou du moins devraient l'être. Personne ne devrait s'élever au-dessus d'autrui, même si des chefs se distinguent par leurs capacités singulières, leur grandeur d'âme, leur courage, leur naturel ou leurs accomplissements.
5. Le sens de la mesure est préférable à la perfection. L'excès d'une chose peut s'avérer nuisible ; mais chacun devrait s'affranchir des limites lorsque l'occasion s'en présente et chercher à se dépasser.
Si ces préceptes ne sont certainement pas l'apanage de la culture des Micmacs, ils jouent chez ce peuple un rôle important dans l'attitude vis-à-vis des événements.

Histoire :
Les Micmacs furent vraisemblablement, avec les Béothuks, les premiers indigènes d'Amérique du Nord à entrer en contact avec des Européens. La première description de ce peuple est due à Jean Cabot , qui ramena en 1497 trois micmacs en Angleterre. À compter de 1501, les Micmacs entretinrent des contacts réguliers non seulement avec les Anglais, mais aussi avec les pêcheurs espagnols, français et irlandais qui venaient toucher les côtes de Nouvelle-Écosse chaque été. Le commerce des fourrures commença en 1519 : les Micmacs manifestaient un grand attrait pour plusieurs biens manufacturés des nouveaux venus, notamment les ustensiles en métal comme les couteaux, les haches et les chaudrons.

Lorsque l’explorateur Jacques Cartier mit au mouillage en 1534 dans la baie des Chaleurs, son navire se trouva promptement encerclé d'une multitude de canoés micmacs dont les occupants brandissaient des peaux de castor. Vers 1578 on comptait chaque été près de 400 bateaux de pêche le long de la côte orientale du Canada. Bien qu'il n'y eût à ce moment toujours pas de comptoir permanent, en 1564, 1570 puis 1586 les Micmacs furent contaminés par des maladies contre lesquelles ils n'étaient pas immunisés. Les premières tentatives de colonisation européennes se soldèrent par des échecs à cause du froid glacial et des disettes. Mais entretemps l'arrivée des fourrures vendues par les Micmacs lançait une nouvelle mode en France. Ceux qui étaient suffisamment fortunés pouvaient se procurer un bonnet en fourrure de castor : la mode gagna bientôt toute l’Europe, provoquant une hausse du prix des peaux de castor et procurant aux armateurs français une nouvelle source de profit. La défaite de l’Invincible Armada en 1588 joua un rôle considérable dans l’accélération de la colonisation, car en faisant sauter le verrou institué par l'Espagne à travers l'océan Atlantique, elle ouvrait la voie aux autres nations européennes pour l'expansion de leurs colonies au Nouveau Monde

En 1604 Samuel de Champlain parvint finalement à établir à l'embouchure du Fleuve Sainte-Croix la première colonie française. Les missionnaires et autres représentants religieux réussirent même à baptiser le chef Henri Membertou et les membres de sa famille. Ainsi naissait la Nouvelle-France, qui devait perdurer de 1600 au Traité de Paris (1763). La culture des Micmacs fut profondément influencée au cours de cette période française, marquée surtout par l'importance croissante du commerce des fourrures et une implication militaire presque totale aux côtés des Français contre les Britanniques.

En 1607 une guerre tribale éclata entre les Pentagouets, menés par leur sachem Bessabez, et les Micmacs. Cela faisait déjà longtemps qu'une rivalité opposait ces deux peuples pour la primauté du commerce des fourrures avec les Français à Port Royal. Le conflit armé qualifié par les auteurs anglais de Guerre des Tarrantins dura huit ans et s'acheva en 1615 par la mort du chef Bessabez ; mais au cours des années qui suivirent, les Micmacs furent décimés par une épidémie faisant passer leur population d'un effectif estimé en 1620 à 10 000 individus à environ 4 000 survivants. Au cours des 150 années suivantes, les Micmacs prirent part à une série de guerres entre la France et l'Angleterre, au cours desquelles ils prirent systématiquement le parti de la France.

Une première guerre anglo-micmaque eut lieu de 1749 à 1753. La « Lettre sur les missions micmaques » de l’abbé Pierre Maillard permet de supposer qu'Etienne Bâtard y participa, en septembre 1750, quand les Français tentent d’empêcher l’érection du fort Lawrence, près d’Amherst et du site de Beaubassin, tout en construisant le fort Beauséjour. Les Micmacs se réunirent autour de Beauséjour et effectuent des coups de main contre les Anglais.

À la défaite des Français dans la Guerre de la Conquête (1756-1763), les Micmacs connurent une paix éphémère, car bientôt la pression des colons britanniques les contraignit à reprendre les armes ; et en effet, toutes les tribus micmaques n'avaient pas fait la paix avec les Britanniques en 1761, et les affrontements se poursuivirent jusqu’en 1779. Au cours de la Guerre d'Indépendance, les Micmacs prirent parti pour les insurgents dans l'espoir que leurs alliés français pourraient ainsi reprendre pied au Canada. Mais vers la fin de la guerre, les loyalistes britanniques, dont la vie en Nouvelle-Angleterre devenait intenable, obtinrent de la Couronne d'Angleterre des terres dans les Provinces maritimes et en 1783, 14 000 loyalistes britanniques quittèrent les jeunes États-Unis pour s'établir dans ce qui devint le Nouveau-Brunswick.

Les gouverneurs britanniques instituèrent des réserves indiennes. Les chefs furent désormais élus à vie, mais leur élection était influencée par les prêtres et devait être approuvée par des officiels blancs. Les terres, qu'on avait réservées pour l'usage et le bien-être d'un groupe d'Indiens, furent souvent amputées par la suite au bénéfice des colons blancs qui cherchaient à accaparer les sources et à s'assurer le monopole de l'eau. Il reste beaucoup de recherches à mener sur cette période dans les archives coloniales et provinciales. Les menées des colons n'avaient qu'un seul but, contrôler le commerce des peaux, dont les Français avaient détenu si longtemps le monopole.

À mesure que le territoire des Amérindiens se rétrécissait et que les animaux à fourrure se faisaient plus rares, les Micmacs devinrent semi-sédentaires : les femmes et les enfants ne quittaient plus guère leur camp, et les hommes, quand ils ne travaillaient pas « à l'extérieur » de manière saisonnière, demeuraient dans la réserve où ils pouvaient trouver l’aide des autorités coloniales et se tournaient vers l'artisanat du bois et la vannerie traditionnelle. Quelques hommes se faisaient trappeurs, mais la plupart pratiquaient le travail du bois, devenaient guide chasse ou pratiquaient la pêche, où au moins ils pouvaient mettre en valeur leur adresse et leur expérience traditionnelle.

Vers le milieu du XIXe siècle, l'activité des Provinces maritimes du Canada se tourna essentiellement vers la construction navale (voiliers et clippers), les grands travaux routiers et l'industrie du bois. Les Micmacs pouvaient y trouver du travail, mais ils étaient le plus souvent confinés aux tâches les plus pénibles de terrassement et de découpe du bois. On les employait comme exécutants dans des emplois saisonniers ou occasionnels qu'aucun blanc n'aurait accepté vu les salaires, si bien qu'ils s'abaissèrent bientôt à la condition de prolétariat rural. Depuis des générations les Micmacs chassaient le dauphin du détroit de Canso à la baie de Fundy. Mais lorsque le pétrole remplaça l'huile de cétacé dans la production industrielle, cette activité traditionnelle prit fin elle aussi. Ils s'improvisèrent marchands ambulants de pommes de terre entre Maine et Nouveau-Brunswick. Quelques-uns travaillaient même jusqu'en Nouvelle-Angleterre dans des camps de bûcheron, dans la construction ou l'industrie, mais la plupart retombaient vite dans le chômage et ne trouvaient de salut qu'en retournant dans leur réserve.

Au début du XXe siècle, la plupart des Micmacs étaient éparpillés à travers soixante réserves, certaines concentrant à elles seules plusieurs centaines d'individus tandis que d'autres ne comptaient guère plus d'une douzaine d'habitants. La plus importante était la réserve de Restigouche, avec 506 Indiens selon le recensement de 1910. Les Frères mineurs capucins y avaient établi un monastère où vécut et œuvra le Père Pacifique. Le séminaire des Sœurs du Saint-Rosaire enseignait la langue micmaque.

Vers 1920, plusieurs évolutions politiques, économiques et éducatives se firent jour dans les réserves ; les autorités améliorèrent graduellement en outre les conditions sanitaires, amenant une croissance rapide de la population micmaque qui en 1970 avait pratiquement doublé. De la fin de la Première Guerre mondiale jusqu'en 1942 l'Agent indien de la réserve du Fleuve Ristigouche était un médecin. Mais l'influence des chefs et conseillers élus pour deux ( resp. trois) ans selon les dispositions de l’Indian Reorganization Act était marginale, laissant en réalité l'administration des réserves aux mains des « agents indiens » et du Bureau des affaires indiennes (BAI).

Si les écoles que l'on venait d'ouvrir dans les réserves ne connurent qu'une fréquentation irrégulière, elles permirent peu à peu d'inculquer aux enfants les rudiments de la lecture et du calcul.

Plusieurs micmacs furent incorporés dans l'armée canadienne au cours de la Première Guerre mondiale et par là purent entrer en contact avec des amérindiens d'autres provinces du Canada. Au Canada même, l'économie de guerre était une grande pourvoyeuse d'emplois tout en favorisant la pratique du sport chez les jeunes hommes : c'est à cette époque que hockey sur glace et baseball devinrent les sports nationaux de ce peuple. Mais la Grande Dépression dans les années 1930 mit un terme aux espoirs d'émancipation économique, avec un chômage de masse qui frappa particulièrement les Micmacs. Les aides publiques étaient indispensables pour empêcher la disette.

La Seconde Guerre mondiale restaura un bien-être éphémère et l'on offrit aux anciens combattants micmacs des aides pour reconstruire ou rénover leurs maisons. Puis avec l'électrification la radio et la télévision gagnèrent les réserves indiennes. On mit sur pied des programmes d'investissement public pour moderniser et améliorer l'aspect des réserves. De nouvelles écoles et des transports publics permettaient aux jeunes Micmacs de se préparer à la vie active ou à des études supérieures. Malgré le poids du chômage chez les Amérindiens, la population des Micmacs a continué de s'accroître et du fait de la discrimination, ce n'est que par des programmes gouvernementaux qu'il a été possible de procurer du travail aux populations indigènes. Il n'est donc pas surprenant que le taux de criminalité et le taux d'alcoolisme soient aussi élevés dans cette population.

À la fin des années 1940 un programme de centralisation obligea les Micmacs à abandonner les réserves les plus petites pour se regrouper dans la grande réserve de Shubenacadie (au centre de la province de Nouvelle-Écosse) et d’Eskasoni sur l’Île du Cap-Breton. On leur proposait en contrepartie de nouvelles maisons et de meilleures perspectives d'éducation et de salaire : mais il apparut bientôt que ces régions n'offraient pas suffisamment de travail. En 1951 une loi indienne plus favorable fut votée, qui permettait d'élargir les conseils élus et étendait leurs prérogatives. C'était une composante d'une politique plus générale visant à préparer l'autonomie des réserves.

Dans les années 1960, ces efforts débouchèrent finalement sur une réinsertion effective des Micmacs grâce à des réformes éducatives. Plusieurs ressortissants micmacs trouvèrent un travail bien rémunéré et pour lequel on recherchait leurs compétences. Ils prirent part à la construction de gratte-ciels, comme l'avaient fait les Mohawks dans les années 1930 : ainsi vers 1970, au moins un tiers des ouvriers de Restigouche avaient participé à la construction de gratte-ciels à Boston. Ce travail dangereux, accompli à grande hauteur, était fort apprécié parce qu'il rejoignait leur idée d'accomplissement personnel tout en étant bien payé. Les femmes trouvèrent elles aussi de nouveaux débouchés. Grâce à la formation professionnelle subventionnée par le gouvernement, elles purent obtenir les qualifications d’infirmière, d’institutrice, de secrétaires ou d’assistante sociale.

S'il est vrai qu'aucune réserve micmaque ne se distingue pour l'instant (en 2009) par une prospérité particulière, du moins n'y a-t-il plus de différence de niveau de vie avec les agglomérations canadiennes voisines. Les maisons des Micmacs sont toutes semblables, les jardins peu soignés. On a conservé ici et là quelques vieilles huttes, et avec l'exode rural vers les grandes villes canadiennes, plusieurs maisons sont désormais sans occupants. Toutes les grandes réserves sont alimentées en électricité, bien que quelques foyers continuent à privilégier l'usage de la lampe à pétrole traditionnelle. Il y a pourtant encore peu de bonnes routes, car le gouvernement provincial ne veut pas avoir à en assurer l'entretien et la bureaucratie fédérale ne réagit aux réclamations qu'avec beaucoup d'inertie.

La réserve micmaque type est bâtie autour d'une grand-rue, avec une église, une école, une salle polyvalente, les bureaux de l'agence aux affaires indiennes ou celui du gouvernement élu, une salle des anciens, un marché ; elle possède l'eau courante et un réseau de canaux. On constate dans les réserves une grande hétérogénéité dans les parlers, la culture et la pratique religieuse. Jusqu'au XXe siècle, la langue micmaque formait un lien communautaire solide, mais le nombre de locuteurs exclusifs de cette langue est aujourd'hui très faible tandis que le nombre de ceux qui ne la connaissent pas du tout croît régulièrement. La nation micmaque compte toujours une population de 20 000 habitants, dont approximativement le tiers a conservé l'usage de la langue micmaque. Celui-ci représente davantage la portion de la population vieillissante. Outre cela, les individus ayant le statut d'indien micmac parlent plus spécifiquement l'anglais. Dans certaines réserves, tous les jeunes de moins de vingt ans apprennent l'anglais comme première langue. Si à Restigouche le parler algonquien reste majoritairement la langue maternelle des jeunes, les émissions télévisées et les cours scolaires en anglais limiteront à terme la transmission du micmac aux nouvelles générations.

Avec la construction dans les années 1960 de nouvelles écoles dans les réserves par le gouvernement canadien, on pouvait voir dans l'école de Restigouche, tenue par des religieuses catholiques et des instituteurs laïcs, des classes ouvertes aussi aux enfants blancs des municipalités voisines, qui ne parlaient que le français. La plupart des Micmacs sont toujours catholiques et les grandes fêtes religieuses continuent de faire l'objet de processions très attendues, comme la Sainte Anne le 26 juillet. Pourtant la sécularisation et le tourisme affectent même ces festivités micmaques, et plusieurs jeunes prennent aujourd'hui leurs distances avec la religion.

En Nouvelle-Écosse, octobre est appelé le « mois de l'histoire micmaque » ; les Micmacs célèbrent chaque année la Fête du traité le 1er octobre.

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18:38 Écrit par baton paroles dans général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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